Thème de l’année

« La psychose lacanienne à l’heure de Joyce »
Lecture et commentaire du Séminaire XXIII de Jacques Lacan « Joyce le sintome »

Stacks Image 48
Stacks Image 49
Stacks Image 50
Le constat fait par Lacan « L’analyse, c’est ça. C’est la réponse à une énigme, et une réponse,...., tout à fait spécialement conne »1 est d’une ironie farouche dans la bouche de celui qui y consacra son existence. Développée à Montpellier2, la réponse de la psychanalyse à l’énigme du réel apparaît « conne » en tant qu’elle nourrit le sinthome de sens au lieu de le réduire. Le réduire serait retrouver la formule initiale de la rencontre de lalangue avec le corps qui a constitué un événement de corps initial.
C’est la tentative de Joyce au long de son œuvre, telle que Lacan l’a éclairée dans ce Séminaire. Pourquoi alors, faire cette place à cette solution joycienne quand la psychose lacanienne avait trouvé ses bases cliniques solides ? Lacan n’a pas cessé de préciser la clinique au plus près des discours du temps, non pas par effet de mode, mais parce que la pertinence d’une clinique vivante est à ce prix. Le Nom du père était une invention de Lacan dont la forclusion était propice à rendre compte de la paranoïa. Cela supposait la permanence d’une certaine croyance au père.
En 1972, quand paraît l’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari, cette croyance au père est amoindrie et Lacan propose une réponse à la hauteur de l’enjeu. Avec Joyce, Lacan reprend son élaboration sur la psychose en mettant en question le privilège jusque-là attribué au symbolique. Le père en prend un coup, pour parler simplement, dès lors que les trois ronds du réel (R), du symbolique (S) et de l’imaginaire (I) sont dans un rapport d’équivalence.
Face à la surenchère de ceux qui veulent en rajouter sur l’Œdipe, Lacan s’appuie sur le rapport de Joyce à la croyance dans son œuvre. Celle-ci efface le doute et donne peu de foi au symptôme qu’elle serait, car son œuvre est le sinthome qui fait tenir ensemble les trois registres RSI, à la place du Nom du père. Le terme de « Verwerfung de fait »3 a été retenu pour dire cet usage singulier du père qui se distingue de la carence que soulignait la forclusion.
Stacks Image 51
Stacks Image 52
Stacks Image 53
Ce n’est donc par une erreur ou un manque du symbolique, mais une erreur sur l’imaginaire en tant qu’il fait le corps. Joyce s’est donné un ego par l’écriture, par défaut de l’imaginaire ; c’est un ego de suppléance et pas le Nom du père qui manque4. Ainsi, nous aurons l’occasion, au cours de l’année, d’examiner ces questions qui actualisent radicalement notre approche clinique :notre approche clinique :
- Un nouvel équilibre entre réel, symbolique et imaginaire pour une nouvelle clinique - L’écriture dans la psychose joycienne - Le corps et les phénomènes de corps dans les structures cliniques - Conséquences de la lecture schizophrénique de la clinique : ironie, le corps déshabité du discours,
l’écriture sans l’orientation symbolique, la folie/psychose. Cet aperçu de quelques questions posées par la lecture du Séminaire XXIII s’enrichira des interventions de chaque enseignant ainsi que de celles des participants, appelés à rejoindre les groupes de lecture préparatoires à chaque soirée. Nous avons la chance cette année d’accueillir en ouverture un conférencier exceptionnel, Jacques Aubert, dont le travail sur l’œuvre de Joyce a été déterminant pour son établissement et son commentaire, ainsi que pour l’aide qu’il apporta à Lacan dans sa propre construction sur Joyce. Puis nous recevrons notre collègue Pierre Skriabine, dont les travaux sur la topologie lacanienne et particulièrement sur les nœuds de Lacan ont particulièrement éclairé l’approche clinique qui peut en être fait.
1 Lacan, J., Séminaire XXIII, Le sinthome, texte établi par Jacques-Alain Miller, Seuil, p.72.
2 Parlement UFORCA 2011, intervention d’Armand Zaloszyc.
3 Parlement UFORCA 2011, intervention de Carole Dewambrechies-La Sagna.
4 Parlement UFORCA 2011, commentaire de Jacques-Alain Miller.